lundi 28 octobre 2013

Nu dans le Jardin d'Eden, Harry Crews




Amateurs de littérature noire et d'absurde, ne passez pas à côté de cette petite bombe que les éditions Sonatine s'apprêtent à lâcher le 7 novembre.

Quelque part entre le 1275 Âmes de Jim Thompson, le Diable, Tout le Temps de Donald R. Pollock et le Seigneur des Porcheries de Tristan Egolf, Nu dans le Jardin d'Eden est sans conteste un des très grands romans américains de cette rentrée littéraire. Bien que le livre fut publié en 1969 aux États-Unis, le livre était resté jusque là inédit en France, mais le tort est enfin réparé! Cerise sur le gâteau, la traduction est assurée par Patrick Raynal, grand spécialiste de littérature américaine et ancien directeur de la mythique Série Noire chez Gallimard. Autant dire qu'on a affaire à du lourd. 

Nu dans le Jardin d'Eden se déroule dans la bourgade de Garden Hills, autrefois prospère grâce à l'exploitation d'une mine de phosphate mais aujourd'hui désertée après sa fermeture. L'histoire se compose autour de trois personnages principaux. Il y a tout d'abord Fat Man, l'homme le plus riche de la ville, dont le poids éléphantesque et l'appétit sans fond le condamne à l'avilissement. Son homme à tout faire, Jester, un ancien jockey noir qui vit dans la douleur de ne pas avoir eu la carrière qu'il méritait. Enfin il y a Dolly, une ancienne reine de beauté qui voudrait transformer l'usine de phosphate abandonnée en cabaret. Au dessus de la masse des personnages se découpe la silhouette de Jack O'Boylan, celui par qui la ville fut créée, et celui par qui la ville fut détruite, une fois que l'exploitation des mines de phosphate s'interrompit. Tout le monde attend le retour de Jack O'Boylan, seul capable de sauver la ville de la disparition. 
La métaphore pourrait être indigeste, avec Jack O'Boylan en Dieu le père, et les autres personnages comme personnification des péchés capitaux (la Gourmandise pour Fat Man, l'Orgueil pour Jester et l'Envie pour Dolly) si Harry Crews n'avait choisi de traiter son sujet par l'absurde. Ainsi, une horde de touristes se pressent autour d'un télescope juste parce qu'il y a un télescope, donc quelque chose à voir. De même Fat Man remplit son palais de livre, qu'il n'ouvre jamais, tout en étant amoureux d'un marathonien analphabète. La palme revient peut être à ce type qui passe ses journées déguisés en mineur à faire semblant de creuser un trou. 

Nu dans le Jardin d'Eden est un roman à multiples facettes. A la fois farce absurde, roman noir, et métaphore de la Chute originelle, il trouve naturellement sa place parmi les meilleures œuvres du "mauvais genre". 

Jean




Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire