samedi 22 août 2015

Péchés Capitaux; Jim Harrison

Rentrée littéraire 2015
 
Sunderson est un inspecteur de police à la retraite. Divorcé de Diane et père adoptif de Mona qui, au début du récit, bouleverse sa mère en laissant tomber l'université du Michigan pour suivre à New-York le batteur d'un groupe de rock qui monte. Elle s'apprête à s'envoler pour l'Europe. Comme on ne se refait pas, Sunderson va tenter de la retenir par tous les moyens. 
A ma grande honte, je n'avais jamais lu de romans de J. Harrison, ni même vu d'adaptation de ceux-ci*. C'est donc dans un état quasi-virginal que je me suis lancé dans la lecture de Péchés Capitaux, et ça a été une révélation.
Sous-titré à bon escient "faux roman policier", le livre mélange allégrement plusieurs ingrédients. Tout d'abord, le livre s'ouvre comme un polar, avec un flic forcément alcoolique perdu dans la Grosse Pomme, à la recherche d'une jeune fille qui a déjà tout de la femme fatale. Dans la deuxième partie du livre, Sunderson va devoir affronter une bande de rednecks sortie tout droit de Deliverance, pour les beaux yeux d'une très jeune femme, Monica. Alors que Sunderson a acheté pour la modique somme de 30000$ (bien mal acquis), un charmant chalet, il fait la connaissance des Ames qui terrorisent le comté. Affreux, sales et méchants, violents, incestueux et alcooliques, ils représentent la face sombre de l'Amérique. Le lecteur est alors en plein western, avec coups de feu et morts violentes. Les Indiens sont mêmes représentés à travers la figure du fidèle Marion, le colossal et fidèle comparse de Sunderson. On ne peut que penser à ces formidables romans noir qui explorent cette autre Amérique**.
Enfin, derrière le déguisement, derrière les péripéties, il y a des motifs qui reviennent, et qui font de ce livre un portrait en creux de Jim Harrison. La pêche à la truite, l'amour de la bonne chère, les femmes, l'alcool, la littérature, l'hyperactivité sexuelle, voilà ce qui constitue son ADN. Le ton devient grave quand son héros médite sur les sept péchés capitaux auxquels il ajoute un huitième: la violence. C'est cette réflexion qui va le pousser à tenter d'écrire un livre, ce qui n'est pas chose aisée. Péchés Capitaux devient alors une réflexion sur l'écriture à la fois à travers la figure de Sunderson qui voudrait écrire mais qui n'y arrive pas, et celle du personnage de Lemuel Ames qui tente de consacrer un livre à sa famille. Ayant fait de Sunderson son lecteur,dans un habile jeu de miroir, il lui apporte son témoignage chapitre après chapitre pour avoir son avis, au grand dépit de ce dernier.
Un livre-monde donc, faussement simple, qui supportera sans broncher plusieurs lectures.

Jean.


*le fameux Légendes d'Automne, avec Brad Pitt et Anthony Hopkins; ou le moins fameux Vengeance avec Kevin "Keviiiiiiiiiiin" Costner.
**Le Diable, Tout le Temps; Le Seigneur des Porcheries, pour ne citer que les deux premiers qui me viennent à l'esprit.

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