vendredi 20 mai 2016

Souviens-toi de moi comme ça; Bret Anthony Johnston


 Quand je regarde rétrospectivement mes coups de cœur en littérature anglo-saxonne, je constate que beaucoup ont été publiés chez Albin Michel, dont l'audacieuse collection Terres d'Amérique fête d'ailleurs ses vingt ans avec un recueil de nouvelles sobrement intitulé 20+1 Short Stories
Il y a au moins deux monuments sur lesquels il ne fallait pas faire l'impasse ces dernières années, géniaux chacun à leur manière: Toute La Lumière Que Nous Ne Pouvons Voir, d'Anthony Doerr et Le Diable, Tout le Temps, de Donald R. Pollock. Plus récemment, je me suis régalé de La Compagnie des Artistes (un formidable roman d'initiation australien) et de Adieu Calcutta. Enfin, je viens de finir Les Maraudeurs de Tom Cooper, un premier texte qui envoie du steak (d'alligator), et dont il faudra que je vous reparle dans un prochain post.
 Tout ça pour dire que quand j'ouvre un roman de chez Albin Michel, je pars avec un a priori forcément favorable, et, pour celui qui nous occupe aujourd'hui, je n'ai pas été déçu!

Souviens-toi de Moi Comme Ça  c'est l'histoire d'une famille texane, les Campbells, dont le fils aîné, Justin, 12 ans, va disparaître. Quatre ans plus tard, il réapparaît. Alors, il va falloir réapprendre à vivre ensemble.

Il y a trois raisons de craquer pour ce livre:

Un roman sur une disparition, c'est presque banal, mais un roman qui commence avec le retour du disparu, je n'avais jamais lu ça. La grande idée qui traverse le livre c'est que tout traumatisme est définitif. On ne peut pas remonter en arrière, gommer le passé, mais seulement tenter de s'habituer à une nouvelle situation. Souviens-toi de Moi Comme Ça c'est un grand roman sur la résilience, traitée à travers l'histoire d'une famille qui va être traumatisée par deux fois. La première par la disparition énigmatique de Justin, la seconde par son retour.

Il y a une règle d'or en littérature: pas de bon roman sans des personnages inoubliables. Repensez aux livres qui vous ont marqué à jamais, n'avez-vous pas l'impression d'avoir connu intimement les protagonistes, de les connaître parfois mieux que certaines personnes que vous côtoyez tous les jours? Eric, la père qui tente d'oublier son malheur dans l'adultère. Laura, la mère qui veille inlassablement sur un dauphin blessé. Cecil, le grand-père, qui bascule lentement du côté de la vengeance. Et enfin Griff, ado blessé qui skate toute la journée une piscine vide. La famille Campbell va vous hanter longtemps.

Une dernière raison, et pas des moindres pour celui qui fréquente régulièrement la littérature américaine: le roman se passe au Texas. Attention! Pas le Texas des cowboys, mais celui, bien plus méconnu, du bord de mer. La ville fictive de Southport, où vivent les Campbells, se situe à proximité de Corpus Christi, au bord du golfe du Mexique. Le roman s'ouvre d'ailleurs sur une saisissante description du Harbor Bridge qui enjambe le port, et depuis lequel des marcheurs vont apercevoir un cadavre flottant dans la baie.

Mi-roman noir mi-chronique familiale: une bombe on vous dit!

Jean.




         

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